Elèves de 2nde, ne lisez pas ceci ! (de toute façon, vous ne savez pas lire)


Je réagis, à chaud et chaudement, à un billet publié sur l’excellent blog L’Infusoir d’une doctorante en latin (depuis 4 mois) qui répond à une enquête menée par @Infusoir auprès de doctorants qui peuvent répondre s’ils le souhaitent (enquête ici).

Je dois le dire tout de suite, je n’ai pas lu l’article en entier, je me suis arrêtée à cette phrase : « Devant la dégradation constante des conditions de travail des professeurs dans le secondaire, une seule chose ne faisait aucun doute pour moi : hors de question de me retrouver devant 30 élèves de seconde qui savent à peine lire ! » Si, je suis allée jusqu’au moment où la personne dit qu’elle sera prof de fac, donc (comme si en fac on savait lire, je m’en vais le montrer tout à l’heure…).

J’ai fait l’effort d’attendre quelques heures pour rédiger ce billet et réfléchir à la raison ou aux raisons pour lesquelles il me mettait si en colère.

Voilà quelqu’un qui, bien qu’agrégée de lettres et Normalienne et doctorante, use des mots d’une façon insupportable. Réduire les futurs adultes qui sont en 2nde à des personnes qui savent « à peine lire » ne laisse pas que de me faire bouillir, à cause de tout l’implicite qu’il renferme. Parmi ces élèves, il y en aura qui, bien que ne sachant pas « lire » Proust, sauront suffisamment lire les étiquettes pour être, peut-être, l’infirmière qui recevra cette personne le jour où elle se rendra aux urgences, pour être celui qui réparera sa voiture, pour être celle qui gardera ses enfants, pour être le prof de collège de son troisième moins brillant que les deux autres peut-être, sait-on jamais, pour être le professeur de danse de la seconde…(c’est ironique, bien sûr, car il y a pire : envisagez aussi que ces élèves seront chefs d’entreprise, docteurs, artistes…)

Ensuite, prendre la posture de la personne qui peut, c’est-à-dire qui, par ses diplômes et la société dans laquelle elle les a obtenus, peut asséner un jugement aussi péremptoire sans jamais prendre conscience que ces élèves, aussi mauvais lecteurs soient-ils, peuvent très bien lire les lignes qu’elle fait publier (eh oui, ce blog est ouvert à tous, c’est ça la démocratisation ! eh non, ce n’est pas qu’un public de Normaliens doctorants qui s’intéresse à cela). Aucune prise en compte du destinataire autre que celui auquel elle pense.

De plus, dans la phrase il est question de  « la dégradation constante des conditions de travail des professeurs dans le secondaire », autre chose qui me fait bondir : je vous rassure, il n’y a pas que dans le secondaire 😉 et, surtout, ce n’est pas cela qui est préoccupant en premier lieu, ce qui est scandaleux c’est la dégradation des conditions dans lesquelles les élèves étudient quand ils n’ont pas la chance d’être dans un des beaux établissements tout neufs qu’on aime à nous montrer.

Si cette phrase me met autant en colère, c’est qu’elle m’atteint, moi. Voici pourquoi. Je me souviens et me souviendrai toujours de la professeur de Fac (la Sorbonne), agrégée, Normalienne, choisie par Mme de Romilly (c’est elle qui nous l’a modestement dit), qui, me rendant mon partiel de première année de version grecque m’a dit : « Vous avez 06/20, si vous redoublez, vous aurez au mieux 08/20 donc vous n’aurez jamais votre DEUG. » C’est pour cette raison que quelques années plus tard je suis arrivée première à l’agrégation (interne, je vous rassure, à l’agrégation des pauvres d’esprit, ceux dont les parents n’ont pas le bac – peut-être ne savaient-ils pas bien lire eux non plus, déjà, à l’époque, alors qu’ils avaient obtenu leur Certificat d’études et leur Brevet).

Je me souviens, heureusement, des professeurs qui ont toujours eu des yeux brillants en me regardant (on n’est que ce que l’on voit dans le regard de l’autre), qui ont toujours considéré que j’étais compétente et intelligente, même si je n’ai pas eu le bac avec mention.

Je pense à mes élèves de 5ème dans ce collège de Mantes-la-Jolie à qui on permettait de s’inscrire en latin même s’ils avaient un dossier scolaire déplorable. Pourquoi ont-ils été 50 à s’inscrire (soit la moitié des effectifs du niveau) ? Parce qu’on les autorisait à participer à quelque chose de difficile, quelque chose qui leur disait qu’ils avaient le droit de participer à la société dans laquelle ils vivaient, qu’ils n’étaient pas un rebus mais des êtres à part entière. Oh bien sûr, vous ne les aurez pas sur vos bancs, même si l’une d’entre eux a intégré Sciences Po par exemple.

Je pense à mes élèves de 3ème, dans ce même collège classé ZEP, qui ont adoré la pièce Bérénice de Racine. Oh, bien sûr, pas question de le lire façon classe Prépas (j’en suis incapable, même pas foutue d’y être allée !). Non, nous l’avons regardée, jouée par Bouquet et Depardieu. Ils y ont senti (sentir, c’est bien ce que voulait Racine, pas « lire ») tout ce que ces passions ont d’atemporel, à quel point cette histoire d’amour concernait leur présent (une reine de Palestine, il suffit de ces mots, et le débat est tout de suite lancé).

Je pense aux nombreuses personnes qui m’avouent (c’est de l’ordre de l’aveu, ça en dit long) n’avoir pas aimé ou avoir été nulles en latin, aveu fait avec du regret ou du ressentiment, ou l’impression de n’avoir pas été incluses dans quelque chose de passionnant et beau. Je pense à elles et je me dis qu’il est donc de mon devoir d’être humain d’essayer de partager ce que d’autres ont considéré comme assez valable, assez essentiel pour juger bon me le transmettre,  à moi, pauvre hère.

Je me souviens que j’ai toujours été fascinée que le public d’Aristophane ou celui de Molière appartienne à différentes strates de la société, et pourtant savaient-ils tous lire ?

Vous voyez, chère Madame, ou Mademoiselle, comme votre témoignage recelait d’implicite et quel déchaînement des passions il entraîne. La prochaine fois, dites exactement ce que vous voulez dire, au lieu de vous réfugier dans ces phrases lapidaires qui blessent, dans ces constats de vos-amis-qui, paroles que l’on prononce dans les moments terribles de doute, où l’on ne sait plus pourquoi on est là (on peut les comprendre) mais veillez à ne pas sortir ces phrases de leur contexte passionnel.

Oh, et puis, s’il vous plaît, surtout, ne venez pas, laissez-nous tranquilles dans notre bourbe, nous nous y complaisons. Pas besoin de votre mépris. Nous savons que nous ne sommes que pourceaux d’Epicure.

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34 commentaires pour Elèves de 2nde, ne lisez pas ceci ! (de toute façon, vous ne savez pas lire)

  1. magnifique billet, qui m’émeut très fortement, merci delphine, merci beaucoup
    j’ai lu l’ensemble du billet de cette doctorante, j’y ai remarqué quelques emplois de mots que j’ai signalés dans mon commentaire sur le carnet d’Infusoir mais j’ai remarqué aussi que cette courageuse jeune femme anonyme insistait beaucoup sur « l’égalité » de traitement entre les PU, les MCF et les doctorants : c’est visiblement son intense désir de légitimité et son sentiment d' »excellence », puisqu’elle emploie ce mot, dont la réalité est en train de casser l’université française, qui lui fait fantasmer cette place d’égale, qu’elle n’a pas, et qu’elle n’aura jamais : un jour, peut-être, elle fera l’expérience du violent mépris qu’elle adresse actuellement aux lycéens, en éprouvant la violence hiérarchique d’une université dont le discours démocratisant n’est que le masque d’une brutale ségrégation par le savoir, le réseau et la légitimité (et aussi par le sexe, mais c’est moins audible) – quelques travaux de sociologues, ceux d’un certain bourdieu (mais a-t-elle lu bourdieu ?), ont montré ça depuis longtemps
    que la dame de mantes continue de parler, surtout !

  2. Le fameux « donner de la confiture aux cochons » fait encore des dégâts.
    Ici la confiture, le met exquis destiné aux palais raffinés est la doctorante normalienne, laquelle s’auto-proclame comme ayant ces qualités
    et les cochons seraient les élèves de seconde !?

    ______________________________
    (Je ne regarde plus le Journal Télévisé
    il m’est donc bien désagréable de voir des gens s’exprimer comme le JT
    ce lieu où la parole va bien plus vite que la pensée)

  3. Elodie C. dit :

    Madame,

    loin de mépriser les élèves de secondes en question, et les enseignants qui les encadrent, j’ai mal exprimé un constat sur moi-même : l’incapacité dans laquelle je suis persuadée d’être d’enseigner devant des élèves qui peuvent avoir de grosses difficultés. Par ailleurs j’admire les professeurs qui assument des classes dans des milieux parfois très difficiles et qui donnent énormément d’eux-mêmes pour aider leurs élèves. Personnellement je ne me sens pas en mesure de réaliser de telles choses, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai douté et je doute toujours d’une carrière dans l’enseignement.
    Bien évidemment, je ne pense pas que tous les élèves de seconde ne savent pas lire, et je suis loin de ne porter intérêt qu’aux gens sachant lire Proust. Mais ce constat alarmiste sur la « baisse du niveau », on l’entend beaucoup, la dégradation de la situation déjà peu confortable des stagiaires, on l’entend aussi, et tout cela crée un climat relativement « effrayant » quand on vient de passer un concours de l’enseignement. Du haut de mes 24 ans d’alors je ne me sentais pas assez forte pour me confronter à cette situation qu’on nous dépeint souvent comme catastrophique. Par ailleurs je ne me sens pas du tout capable de transmettre à sa juste valeur la littérature française, et d’autant moins devant des élèves pour qui elle peut paraître compliquée, difficile voire rebutante.
    Alors oui je peux avoir eu dans ma réflexion et dans les choix qui m’ont mené à la thèse un discours « élitiste » ou quelque chose de ce genre. Mais encore une fois je ne dis nullement que c’est vrai, que c’est juste, ou que c’est la réalité. C’est quelque chose que j’ai à un moment penser, et on peut être bête et injuste parfois. Et si je ne veux pas « d’élèves qui ne savent pas lire » c’est que je me sens incapable de leur apporter quelque chose, et que mieux vaut laisser la place à des gens qui sont en mesure de le faire, car ils ont réellement besoin d’eux.

    Cordialement
    E.C

    • drmlj dit :

      Je crois que c’est la raison de mon chagrin : que soient sans cesse colportés ainsi de tels constats à l’emporte pièce. Certes, les 80% des futurs bacheliers n’auront pas tous une mention TB, mais heureusement pour l’élite ! (J’arrête d’être ironique.) Le problème aussi est que nous, profs de latin et grec, souffrons beaucoup de l’étiquette d’élitisme, c’est pourquoi ma réaction fut si vive (je dis que nous souffrons car nous n’avons plus beaucoup d’élèves). Et puis, si un jour il arrivait que vous vinssiez tout de même à l’enseignement, ma porte est ouverte, nous vous accueillerons pour que vous voyiez sur pièces.

      • Elodie C. dit :

        Je suis sincèrement désolée d’avoir bien malgré moi provoqué ce débat. Mais le témoignage d’origine était d’expliquer les raisons qui m’ont amené à ce que je fais aujourd’hui. Et le fait que je puisse avoir été sensible à ce que vous avez appelé des « constats à l’emporte pièce » constitue une de ces raisons. Il me semble qu’il aurait été malhonnête, en témoignant, de ne pas évoquer ce jugement que j’ai pu avoir à un moment et qui a orienté mes décisions.
        En outre, si je ne souhaite pas, à l’heure actuelle – et cela changera peut-être, je dressais un bilant à un moment M- enseigner dans le secondaire, c’est que j’ai peur de ressembler à ces profs comme j’en ai parfois croisés, savants (et pour l’instant je ne suis pas vraiment savante, en plus) mais si peu pédagogues. Parce que les élèves comme moi risquerions d’être malheureux.
        « Faire mes classes » de professeur en enseignant en fac – je suis parfaitement consciente que c’est une chance- me permet de ne dispenser que des cours de latin, qui est la matière que j’ai envie d’enseigner alors que, comme je le disais plus haut, je ne me sens nullement les compétences d’une prof de littérature.
        Et j’ai beaucoup apprécié ce semestre d’enseignement, qui m’a énormément rassuré sur mon possible avenir sur cette voie.

    • C. Sauvage dit :

      que j’ai à un moment pensé. De la part d’un ancien élève que vous n’auriez pas aimé…

  4. Quand on parle avec le cœur, on est compris de tous. Merci pour ce « cri » du cœur !

  5. Amélie dit :

    Tu m’as fait pleurer, tiens. C’est tellement bon, de lire ça… Merci Delphine.

  6. DM dit :

    Ahem.

    Je connais une normalienne agrégée qui s’est portée volontaire pour aller en ZEP. En parallèle, elle a fini (en y mettant le temps) une thèse de lettres. Ça, c’était de la bravoure.

    Je connais également un agrégé de physique titulaire d’un doctorat en astrophysique… que l’Éducation nationale a intelligemment affecté en LEP. Son problème est qu’une partie des élèves n’a absolument rien à faire des cours et même de la formation professionnelle préparée. Ça, ça ne donne pas envie.

  7. La vie qui passe... avec plein de p'tits bonheurs dit :

    Félicitations pour votre magnifique billet.
    Un billet touchant et inspirant.
    Merci.

  8. Françoise Cahen dit :

    Merci Delphine pour ce billet très fort, auquel j’adhère à 100% et dans lequel je me reconnais complètement!
    Bravo!

    Françoise

  9. Le CPE dit :

    Que voila du beau, du bon, de l’excellence.
    C’est avec de la conviction, et une solide dose d’optimisme à certains moments, que l’on enseigne, et cela a toujours été le cas.

    « Notre jeunesse (…) est mal élevée. Elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui (…) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais. » Socrate (470-399 av. JC)

    « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. » retrouvée sur une poterie de Babylone… soit -3000 av. JC. à peu près.

    « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin. » attribuée à un prêtre égyptien en -1000 av. JC.

    Pour finir, au risque de paraître quelque peu mesquin, très chère Elodie C., relisez vous avant de poster.

  10. Bravo, vous pointez le mépris et l’élitisme insidieux qui empoisonnent l’enseignement public. Je n’ai rien à ajouter aux commentaires suivants, sinon que la belle écriture est également de votre côté. Merci.

  11. vanille dit :

    Il ne faut pas lui en vouloir, elle parlait certainement de sa classe de 2nde !

  12. Ping : A quoi bon, ils savent “à peine lire” « (DES) ILLUSIONS

  13. Ping : Elèves de 2nde, ne lisez pas ceci ! (de toute façon, vous ne savez pas lire) | Drmlj’s Blog « mrg | lettrure(s)

  14. Le mélange d’écrit et d’oral que proposent les nouveaux moyens de communication (média hypercaptant et toile à puissance exponentielle) donne la possibilité de ce qui se passe là dans cet article intercepteur.
    Un oral trop écrit, trop immergé dans le préfabriqué et le lieu commun, se fait arréter en vol par une volée de revers.
    Dans un second temps, la pensée exprimée s’étant réfléchie (c’est tout le sens du mot réflexion … il faut une surface réfléchissante extérieure, en mouvement ou non) se nuance enfin, et devient plus complète, au contour moins tranchant.
    Manque dans la suite, une rencontre réelle des deux joueurs (autour d’une sangria avec des cacahouètes) pour parvenir à redonner la bonne trajectoire à un propos dont il ne reste ici que la zone de maladresse².

  15. Peter dit :

    Ce beau billet me rappelle mon enfance, et ma mère, institutrice de campagne.
    Un jour la petite voisine est venue chez nous en pleurant, elle avait 6 ans et sur son « cahier du jour », à l’intention de ses parents, sa maitresse avait écrit au feutre rouge :
    « Amandine ne saura jamais lire ni écrire ».
    6 ans. Faut-il dire la terreur dans ses yeux, et le vertige de sa famille…
    Ma mère fut prise d’une colère immédiate, silencieuse et glacée. Amandine est venue faire ses devoirs chez nous pendant quelques mois, le temps d’apprendre à lire et à écrire, tout simplement.

    Je ne sais plus le nom de cet inspecteur général, entendu il y a des années à la radio, qui enfonçait, en phrases sèches, ces formes de démissions de certains enseignants.
    Mais ses mots limpides me sont restés :
     » On me dit : Mais les élèves aujourd’hui ne savent rien…
    – hé bien il faut leur apprendre ! « 

    • fultrix dit :

      Cette réflexion d’inspecteur est celle que je souhaitais poster ici.
      Si les élèves sont si « nuls » qui les forme ? Les enseignants et les programmes !
      J’ai un énorme ressenti envers les programmes actuels qui veulent que tout soit traité mais de façon si « superficielle » (parce qu’avec toutes ces matières à voir, quel temps reste-t-il pour approfondir ou insister sur les bases ?).
      j’ai parfois une impression de « saut du coq à l’âne » avec toutes les matières proposées et découpées en tranches horaires dès le primaire et pas forcément adapté à l’enfant (que faut-il penser de notion « moins quelque chose » en préhistoire ou l’usage des agendas pour noter les leçons alors que nombres d’enfants maitrisent à peine les mois et les années « positives » en primaire ?!). C’est encore une forme de « zapping », comme à la télé ou sur l’ordinateur. Ca ne va pas, ce n’est pas fini, tant pis, on change !

      Quant au Latin, il devrait être obligatoire pour les enfants en difficultés en Français pour leur apprendre l’origine des mots, du sens et de la conception du monde pour une langue donnée tout en fortifiant leur culture générale.

  16. Bonjour
    Votre billet m’apporte plusieurs réflexions. Je vais essayer de les structurer …
    1/ Je me positionne en tant que parents d’élèves de collégiens et je valide vos propos quant à la dégradation de l’enseignement public. Depuis quelques années déjà, l’éducation ne paraît pas être une des principales occupations de nos gouvernants (tous bords confondus). De plus, il me semble que l’élitisme soit de plus en plus de rigueur malheureusement, et ce depuis la primaire. Mais je dirais aussi volontiers que les enseignants et parents sont responsables également de cette dégradation : parce qu’il y a, parfois, une démission des parents et/ou des enseignants. Les parents sont consommateurs (ils mettent leurs enfants à l’école et comptent sur les enseignants pour éduquer leurs progénitures, éduquer complètement et non juste apporter du savoir). D’un autre côté, comme dans tous les corps de métier, parfois vous croisez un instituteur ou un professeur, qui ferait mieux de changer d’emploi. Je pense qu’enseigner est un des métiers les plus difficiles et je suis admirative de ceux qui le font par vocation.
    2/ Un constat également : il suffit d’aller sur les forums d’internet pour constater que la langue française est bien mal traitée, par toutes les catégories socio-professionnelles, quelque soit l’age ou lieu de résidence. A qui la faute ?
    3/ Etre lettré et diplômé ne signifie pas forcément, à mon avis, être intelligent ; je parle ici de l’intelligence du coeur, la sagesse, le raisonnement. Il est effectivement très dommage qu’une personne, ayant eu la chance et la capacité de recevoir un bon enseignement et d’être diplômée, réagisse de la sorte. Le bon raisonnement ne-serait-il pas de redistribuer un peu de cette chance, à son tour en se mettant justement au niveau « des pauvres lycéens ignares », bref d’agir pour changer la donne.
    Voilà, une partie de mes réactions à la lecture de votre post.
    J’espère n’avoir blessé ou choqué personne dans mes propos, parce ce que ce n’est aucunement ma volonté.
    Une petite question pour terminer : avez-vous reçu une réponse de l’intéressée ?
    Cordialement

  17. moime dit :

    j’apprécie la réaction d’Alphonse Brunstein, car justement je me disais ce matin en ayant lu les deux textes (qui ont le mérite d’exister) que ça m’arrive d’avoir les deux positions dans la même journée, sauf que je ne fais pas partie de la génération qui publie ses états d’âme… ça je le réserve aux personnes qui me connaissent en vrai , car ce que dis la jeune collègue je l’entends chaque semaine à la salle des professeurs… mais ça relève plus de la thérapie collective.. et ça permet de souffler et se demander ce qu’on peut changer dans nos pratiques pour permettre à ces « sans avenir » de tracer leur chemin…

  18. Ferrari dit :

    Merci pour ce texte. S’il est un niveau qui baisse c’est celui des doctorants qui, jadis, savaient exprimer leur pensée de manière claire et précise. 🙂

  19. Dungan dit :

    En seconde, je savais un peu lire.
    J’étais aussi passionné de Grec.
    J’avais aussi une prof de français qui me regardait avec un air faussement compatissant me disant que vraiment le français c’était important et que jamais je n’y arriverai dans la vie avec des rédactions comme cela.
    J’ai redoublé ma seconde, puis suis passé en première où je faisais toujours du grec. J’ai été avant-dernier d’une classe de 32 élèves dans un grand lycée parisien, et cette autre prof de Français (qui elle faisait du latin) qui m’a longtemps regardé avec une commisération qui n’a eu d’autre effet que de m’auto-dévaloriser.
    Plus tard je passais tant bien que mal mon bac scientifique, grâce à mes notes en histoire et Philo, pour intégrer ensuite une prépa HEC voir générale (l’option difficile pour ceux qui ne connaissent pas).
    Quelques années plus tard, je passais brillamment l’oral de fin d’étude d’une école de commerce renommée, grâce à mon amour de la langue, grâce aux ailes qu’elle donne quand elle permet d’exprimer sa pensée et d’en élaborer une autre pour aller plus loin, mieux comprendre le monde, et tenter de le faire sien.
    Seulement je ne suis jamais rentré dans les cases, et ce texte auquel vous réagissez justement met tout le monde dans une case.

    J’ai eu la chance de ne pas (trop) croire à cette case, mais que de temps et d’énergie perdus. Pour tout le monde.

    PS : bravo et merci d’être sortie première de l’agrégation 🙂

  20. mel13 dit :

    votre billet et les nombreux commentaires bienveillants me réconfortent. Bravo et merci pour nos élèves. Belle soirée

  21. Stéphane W. dit :

    Juste le point de vue d’une personne extérieure au système éducatif : ça fait du bien de lire ce billet et les commentaires qui suivent.
    On présente (au travers des médias) beaucoup trop les profs comme défaitistes, ayant baissés les bras et subissant le programme.

    On constate (à vous lire tous) que la motivation est toujours là et que nos enfants sont encore entre de bonnes mains, merci !

  22. On se demande parfois comme le « c’était mieux avant » a pu accoucher d’un tel monstre : nous. Allez, un seul mot d’ordre : éducabilité… et au boulot 😉

    • La miss dit :

      Mais oui, ce qui me choque ce n’est pas qu’un élève de seconde ne sache pas lire mais que voulant être prof on ne relève pas le défi de croire à son educabilité même en seconde et que l’on pourrait donc, même en seconde, lui apprendre encore. Rejeter la faute sur ceux d’avant (primaire ou collège) sans se poser la question de ce que l’on fait maintenant avec les élèves que l’on a face à soi, c’est vrai qu’il vaut mieux faire un autre métier.

  23. Mediacteur dit :

    Que de choses intéressantes dans cet échange… et surtout comme le relève Alphonse Brunstein, le fait que finalement, les interlocuteurs ont finalement communiqué (à défaut de se rencontrer) et que les nuances ont pu être exprimées.
    Merci aussi à Le CPE pour ses citations terriblement relativisantes sur ce problème de toujours : « Ils ne savent plus rien! »
    Merci aussi à ces témoins qui révèlent, avec la souffrance que l’on imagine, que tout commence dans le regard que l’enseignant porte à ses élèves. Cela me rappelle certaines années scolaires vécues par mes enfants… en très positif, comme en très négatif !
    On ne peut (impératif catégorique) désespérer de la jeunesse, où alors, il faut désespérer du monde de demain… car c’est à eux que nous en lèguerons les commandes.
    Connaissez-vous Galatée, celle qui brilla dans le regard de son mentor, Pygmalion. Tous ces jeunes dont on se plaint, qui sont-ils, si ce n’est nos enfants, nos neveux et nièces, leurs amis qui viennent goûter à la maison. Et pas uniquement « des élèves ».
    Ils ne savent pas ? Qu’on leur donne le temps et les moyens d’apprendre en portant sur eux le regard confiant de celui qui ne peut être sûr que d’une chose : « Un jour, je te passerai la main et c’est toi qui conduira le monde ».

    Formateur en Education aux médias

  24. DAISY dit :

    Bonjour à tout le monde,
    Et lorsqu’il est question d’élèves de Seconde lesquels ???? Seconde Générale ? Seconde Professionnelle ? Depuis X années, je pense et je dis que chaque futur enseignant (e)devrait d’abord être salarié(e) d’une entreprise pendant un minimum d’un an et, enseigner au moins 2 ans en Lycée Professionnel !! Car, à quelque niveau que l’on soit : quel est le but final ? Que l’élève ou l’étudiant soit performant dans notre (nos pour les Lycées Professionnels !! ) discipline(s) ou, que notre court passage dans sa vie lui permette de construire solidement son projet professionnel, afin qu’il puisse s’insérer au mieux dans le monde du travail : un lien social non négligeable !!! J’ai aussi connu le chômage (il y a longtemps). Je suis ahurie de voir que des générations entières posent leurs « fesses » sur le banc de la maternelle jusqu’au Master voire plus et se retrouvent à enseigner !!! J’ai du mal à comprendre comment ces personnes peuvent être performantes dans le domaine de l’enseignement !!! sans avoir connu autre chose. Je suis heureuse lorsque je rencontre d’anciens(nes) élèves qui ont aujourd’hui un BAC + 3 ou 4 et qui « s’éclatent » dans leur activité professionnelle alors qu’un certain nombre de collègues leur avait dit qu’ils (elles) étaient juste destinés(es) à suivre et peut-êre obtenir un BEP (à l’époque !)

  25. DAISY dit :

    Merci de corriger « retrouve »
    Désolée !!! J’ai voulu tellement répondre vite !!! Et certains discours m’agacent tellement !!! que je n’ai pas pris le temps de relire !!! et avec tout ce petit monde qui enseigne au niveau FAC !!!! Ca va être ma fête !!!

  26. syboule dit :

    « Brillantissime » , j’aimerais en plus de votre classe, avoir votre vocabulaire et votre façon d’écrire .
    Je fais malheureusement partie (même si je suis beaucoup plus vielle) des élèves de seconde qui ne savent pas lire , ni écrire d’ailleurs .

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