Virtuel, réel…ou fictionnel ? De la fragmentation (1)


Le combat est incessant : expliquer, asséner sans cesse que le Web n’est pas virtuel mais bien réel, expliquer sans jamais persuader… Si les arguments ne portent pas, c’est peut-être parce que l’on se trompe à affirmer que ce qu’il se passe sur la Toile n’a rien de virtuel. C’est un problème de définition : finalement, on est d’accord.

Effectivement, ce qu’il se passe sur Twitter (je réduis mon sujet à ce que je connais un peu) est bien virtuel au sens que je lui donne : « qui relève de la fiction » comme on peut le trouver dans une expression telle que « virtualités du roman ». Antoine Compagnon a fort bien parlé de ce qu’il se passe dans un roman pour le lecteur : tout y est vrai mais n’est que fiction. L’intérêt du roman réside dans sa fragmentation : il propose une petite parcelle de la réalité, parcelle arbitrairement choisie, taillée, polie. « La littérature fonctionne comme une heuristique, dit-il, par la confrontation des possibles. » Ce qu’il se passe sur le réseau social est du même ordre : fragmentation du discours, fragmentation de ce que l’on choisit de raconter, de dire, d’exprimer, des mots prélevés pour dire. Fragmentation non pas réductrice mais propre à devenir laboratoire d’idées et de vie, laboratoire où se forment les projets et les promesses, laboratoire où se déroulent des écritures plurielles, les rencontres « improbables » (je lis aussi Télérama LOL), rencontres qui ne pourraient pas advenir dans la vraie vie mais qui se produisent sur la Toile. Parce que sur la Toile, on écrit, on ne parle pas, on est dans cette recherche de forme et de sens, permanente, chose que l’on ne fait pas dans le réel de façon aussi systématique. Rendre possible l’impossible, c’est bien une des potentialités, des virtualités de la Littérature ?

Résoudre cette apparente contradiction : oui, le web est virtuel, pas réel, et surtout, qu’il le reste.

***

J’ajoute ces lignes après le commentaire reçu, je relis mon billet qui est écrit, qui donc reste, a une portée, un sens, que je ne voulais pas. Je tentais de résoudre la contradiction virtuel/réel qui est apparente. Il est bien évident que je ressasserai et assènerai autant de fois qu’il le faudra encore que le Web est réel au sens où il concerne et touche l’être humain. Et mes arguments ne porteront pas beaucoup, car ils ont eu du mal à atteindre leur public (mes élèves en l’occurrence). Mais il est est virtuel aussi en ce qu’il provoque, produit, une situation de communication construite de toutes pièces. Ce qui n’exclut pas que cela soit aussi possible dans la réalité.

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3 commentaires pour Virtuel, réel…ou fictionnel ? De la fragmentation (1)

  1. CMB dit :

    Un billet dont le premier mot commence par le mot « combat » et dont la dédicace sonne en guise de leçon.
    Ce que tu viens d’écrire est tout sauf virtuel, une pirouette n’y change rien.
    Et si, sur la Toile, on parle, on échange, on apprend.
    C’est même pour ça que tu es sur Twitter, pour ensuite en faire des billets, comme tu le dis.
    Twitter n’est un « laboratoire » que pour ceux qui décident de l’utiliser de cette sorte et qui oublient, au nom de certains prétextes moraux, que là, ici, maintenant, sur cet espace de publication, il y a bien un être humain.
    Comme c’est valorisant pour le sujet forcément pensant et bien-pensant que de délivrer sa bonne parole …
    Donc au final, tu es d’accord avec moi. Et je suis contente de le savoir :-).

    • drmlj dit :

      La dédicace ne se voulait pas attaque mais hommage, car c’est bien de toi que je te tiens cette idée forte de la réalité du Web (quand j’écris à @chrism, c’est dans l’idée de reprendre ton combat, pas de te combattre). Je trouve que Twitter est un laboratoire car s’y passent des expériences de vie mais aussi de mots, aussi minimes soient-elles. Pour ma part, ceux qui délivrent une bonne parole refusent justement l’expérience de confrontations et sont dans l’exposition, pas dans l’expérimentation. Ce que j’ai écrit est virtuel au sens où ce texte provoque justement une expérience (malheureuse) d’écriture, pas au sens où il n’a pas d’effet sur le lecteur. Quand j’écris qu’on ne parle pas, c’est au sens où l’écrit reste et c’est ce qui lui donne une portée différente, j’en fais l’expérience douloureuse à présent.
      Je t’adresse toutes mes excuses les plus plates si je t’ai blessée avec ces mots mal écrits. Je veux bien enlever la dédicace ou la préciser.

  2. Yann MARTIN dit :

    Je vais me permettre aussi de nuancer quelque peu ton propos par cette trivialité : La toile est telle que l’on souhaite l’utiliser !
    Elle peut être un simple prolongement de la réalité de par la recherche de documentation ou d’informations, de par la facilité de communiquer avec ses réseaux d’amis réel ou sa famille, etc..
    Elle peut être totalement virtuelle, on peut y dénicher du rêve, prolonger ses expériences télévisuelles littéraires ou cinématographiques
    La toile peut aussi, toute virtuelle qu’elle peut sembler, se prolonger dans la vie réelle, des affinités numériques peuvent se concrétiser en amitié, on peut y faire, pour te citer, des « rencontres improbables », et c’est là que réside la vraie magie de la toile 😉
    Sans compter le fait que ces trois exemples peuvent se combiner entre eux et donner de multiples possibilités !

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