De l’art de corriger ses copies avec Twitter


Il s’agit ici de débrider ma parole, n’en déplaise à d’autres. Avouer que mon premier geste n’est pas pour ouvrir la pochette bleue si douce au toucher mais pour appuyer doucement sur un tout petit bouton blanc, puis une icône jaune. Ensuite se diriger vers la cuisine pour préparer un café noir qui sera du meilleur effet dans ma tasse. Se rapprocher du bureau le plus lentement possible et ouvrir, enfin, le carton pour en sortir le papier. Jeter un oeil distrait sur l’écran.

Et là, plus rien n’existe.

Ou plutôt, le monde se met à exister. Exister. Exister.

La main cherche à ouvrir la trousse mais ne trouve pas le bon stylo qui s’y cache. Elle abandonne pour la souris et parcourt, joyeuse, toute une somme de liens, de lignes, qui s’agitent et miroitent.

Et puis, l’oeil revient au tas blanc, là.

Allez, première copie. Introduction. Grand I.

La main remarque que cet article, ici, pourrait fort bien enrichir le corrigé du devoir évalué soupesé par l’oeil qu’il fallut y jeter.

Grand II, relecture du Grand I. Conclusion. Quelle note ?

La main en décidera après avoir vérifié qu’aucune réponse urgente n’est à ajouter. Elle en profite pour lancer un appel à l’aide. Entendu. Mais les réponses souhaitent bon courage, pas l’abandon.

Quelle note ? Relecture de la copie. Note moyenne, au crayon à papier, pour y réfléchir encore.

La main retourne au clavier et appelle sa consoeur dans un joyeux carnaval. Ici, tout le monde est différent et joue le même jeu : écrire, faire écrire, faire lire et écrire, sans arrêt, parfois très vite, parfois moins.

L’oeil constate que le tas n’a pas diminué (c’est une vue d’oeil). Deuxième copie. L’oeil s’égratigne. L’oeil souffre. Il a besoin de repos.

La main l’aide en lui montrant le repos d’une page blanche de pur bonheur, de pure-player. Mieux que dans un conte à Serendip, le trajet se fait rapide, passionnant, stimulant, aérien. Le temps a passé. Le tas n’a pas diminué.

Le temps passe, le tas ne diminue pas. Et le temps passe encore.

Alors, voilà, la morale de l’histoire. Je n’ai jamais été aussi motivée que depuis que j’utilise les TICE. Pourquoi ? Non parce que je m’y amuse (ça ne regarde que moi) mais parce que je réussis à être professeur, passeur, pousseur. Faire utiliser les TICE dans certaines situations est très stimulant. Pour corriger mes copies, aucunement. Enfin, si. Etonnamment, le temps perdu à twitter, c’est-à-dire à découvrir et réfléchir, est un temps rempli, et c’est cette sensation de remplir ses moments de vie au moment où on est persuadé que le temps va être gâché, qui me porte à corriger.

Mais, je me rends compte que le temps passé à écrire ce billet ne le fut pas à corriger. Liberté, j’écris ton nom.

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