Twitter, ou l’art de la double énonciation … (theatrum mundi)


Persuadée grâce à @frompennylane et @AmandineTer de l’intérêt pédagogique de Twitter, je me suis lancée dans l’aventure des #twittclasses, et plutôt deux fois qu’une : récemment avec mes élèves de Terminale Littéraire (@littlyc) et ce matin avec mes élèves de BTS Compta-Gestion 2ème année (@BTSGeneration). A priori, donc, vu le profil des deux classes, deux projets pédagogiques radicalement différents. Peut-être… mais d’ores et déjà le point commun que j’ai vu et ressenti tout de suite, c’est la dimension sociale de l’outil. Ça a l’air très banal ce que je dis, bien sûr, mais c’est vraiment la clé de voûte qui sous-tend le projet et permet sa réussite ou le jette à toute vitesse dans l’échec.

Social c’est-à-dire qu’il vous permet de communiquer. Donc, pour communiquer, il faut un certain nombre de conditions :

1. Avoir quelque chose à dire

2. Voir l’utilité de le dire

3. Avoir quelqu’un à qui le dire, et avoir une idée du profil de personnes à qui on veut le dire

4. Entrer en dialogue et en partage avec les susdits interlocuteurs.

Or, le dialogue par l’outil Twitter se fait vers deux types de destinataires, et dans deux situations de communication différentes, mais toujours avec une double énonciation :

1. Le groupe classe (ou parfois le professeur) tweete ensemble pour afficher un mur de tweets en vidéo-projection et permettre de dire sans parler un certain nombre de choses qui « restent ». Ces messages servent à préparer un travail (par exemple, chercher des citations pour une dissertation, confronter des problématiques ou des interprétations) mais aussi à collaborer pour trouver une ressource et réfléchir à haute voix. Mais comme le choix a été fait de créer un compte public, il y a toujours en arrière-plan le second destinataire, le public ! Pour @littlyc, le destinataire n°1 est une classe avec laquelle nous travaillons mais sans dialoguer, via les professeurs. Viennent ensuite le professeur de ladite classe et un professeur de la classe de Tle. Puis viennent les lecteurs occasionnels ou abonnés. Or les tweets publiés jusqu’à présent s’adressent soit à la classe (très pratique quand des élèves sont coincés chez eux par exemple) soit  aux autres élèves. Ainsi, publier des tweets semble tout à fait justifié, d’autant que cette publication fait en même temps avancer dans le travail à effectuer. Mais pour @BTSGeneration, le problème s’est posé de comprendre l’utilité de publier à toute la planète des éléments de réflexion sur le débat du jour autour de deux thèmes (en lien avec « Rire pour quoi faire » au programme) : le clown et le fou du roi. Grâce aux quatre abonnés du moment, professeurs ou étudiants, j’ai pu essayer de faire miroiter à mes propres étudiants un dialogue constructif, un débat entre et hors les murs … le rêve ! mais pas la réalité, forcément ! Certes, @2vanssay nous a répondu (ouf ! et merci !) mais l’intérêt de publier s’est vite voilé d’un drap opaque propre à les concentrer sur leur montre qui courait à toute vitesse vers la cantine plutôt que vers cette activité pourtant si captivante (n’est-ce pas !). Donc donc donc … j’ai l’impression d’avoir cherché une fausse bonne raison de tweeter parce que j’avais envie de tweeter !

2. Autre situation d’énonciation : le professeur tweete à partir du compte de l’une ou l’autre classe pour des opérations de communication : donner rdv aux milliers d’abonnés (on peut quand même plaisanter), stocker des liens qui seront utilisés pendant le cours, abonner le compte à d’autres susceptibles d’apporter un enrichissement …

Bien, bien, bien … mais quand on a dit ça, on n’a encore rien dit ! Si je résume mes quelques moments passés à tweeter avec mes élèves – moments toujours trop brefs quand ils passent mais toujours trop longs rapportés aux heures de travail imparties… « Ô temps, suspends ton vol ! / Et vous, heures propices, suspendez votre cours… » Suspendez votre cours ? N’est-ce pas effectivement là que, insidieusement, un petit quelque chose vient sourdre, quelque chose comme de la culpabilité : je me suis bien amusée, mes élèves se sont bien amusés, est-ce à dire que nous n’avons pas travaillé ? Parce que le mot travail porte en lui la marque au fer rouge de son étymologie : « travail = torture en latin », on se dit que si on s’est bien amusés (ça me rappelle une citation de Beckett, tiens ! les personnages sont tous mourants mais ils tiennent encore ce genre de propos), bien amusés, eh bien c’est qu’on a oublié quelque chose …

Vraiment, je suis persuadée de l’intérêt d’utiliser cet outil, notamment pour ses vertus motivantes (écrit sur la boîte), persuadée de travailler plusieurs compétences en même temps qui tiennent à la fois des disciplines mais aussi de l’éthos, cependant, un détail à ne jamais oublier : il faut que cette situation de communication soit elle-même inscrite dans une situation de communication plus vaste. Je sais pourquoi je me suis mise à tweeter pour mon compte personnel, cet usage correspond à une étape dans ma vie (vous savez, chacun roule sa bosse jusqu’en haut etc etc), mais tout à coup se mettre à tweeter avec des élèves alors que jusqu’à présent on avait fait sans : pourquoi ? Et donc j’ai pu voir des étudiants refuser l’outil parce qu’il n’était pas possible à leurs yeux que ce fût là un instrument d’apprentissage (j’ai eu beau introduire avec le « dispositif » #tweetclasses si bien répertorié par http://twittclasses.posterous.com/) tandis que d’autres ont tout de suite compris la communication en jeu et se sont mis à chercher, chercher, chercher : quoi dire, quoi partager, quoi trouver, quoi proposer … et se sont amusés.

J’ai cherché à susciter la motivation des troupes, et j’ai trouvé … une manière différente et fort efficace de connaître et d’entrer en contact avec elles. Twitter pour partager mais twitter pour se révéler, aussi ! Ainsi, le vrai partage s’est fait entre les murs, en privé, en silence … Connaître l’Autre quand il se laisse approcher par le monde, oh comme c’est beau !

Et donc vous savez quoi ? non seulement je continuerai, mais la prochaine fois, ce sera dès le berceau !

To be continued …

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