Etre là


J’ai tweeté et retweeté que je lisais Beckett. Révélation.

Je suis en train d’explorer le « dasein », l’être là.

Et je pense à mon utilisation quotidienne et hyper quotidienne de #twitter et ça me fait réfléchir…

D’un côté, bien sûr, ne plus parler dans le vide, être sûr de ne pas parler dans le vide (cf le nombre de  lecteurs en augmentation à l’occasion d’un nouveau billet et surtout d’un tweet élogieux l’annonçant), comment ne pas y aspirer ?

D’un autre côté, j’ai l’impression gênante que si je ne suis pas là à « tweeter, retweeter, citer, répondre » etc, je n’existe donc pas. Ne puis-je donc pas exister dans le silence sur twitter ? Ou plutôt, mon silence me rend-il absente ? Si je ne fais que lire et exploiter, est-ce que j’existe encore ? J’existe en tant que « follower », c’est-à-dire que j’existe dans mon rapport à l’autre, pas pour moi. Ainsi, ce réseau social que j’ai construit lentement, patiemment, que j’ai créé en suivant et en étant suivie par mes tweets de 140 caractères maximum, ne m’asservit-il pas ? Ne m’enferme-t-il pas dans une pratique sans cesse renouvelée et à renouveler sous peine de ne plus exister ? Bref, je suis en train de confondre mes identités ! j’ai choisi une espèce de pseudo, « drmlj », pour ne pas confondre ce que je considère de l’ordre du professionnel (twitter, mais il déborde dans le privé) et ce que je considère de l’ordre du privé (moi, mes nom et prénom donnés par mes parents).

Je génère moi-même l’angoisse de ne pas exister en arrêtant de « parler », de « gazouiller », je lui donne forme, fil de messages – ou pas. Réponse – ou pas. Commentaire – ou pas. Où « gazouiller » acquiert comme synonyme « exister », et inversement. Où je fais l’expérience de Robinson esseulé dans son insularité : je jette, je jette, je jette des bouteilles à la mer, plus ou moins vides, plus ou moins creuses, et j’attends, j’attends, j’attends une réponse, une « interaction »… Mouvement et fixité, bruit et silence…

Mais ai-je vraiment quelque chose à dire ? Pour être là, est-ce que je suis prête à dire des banalités, que l’on retrouve ensuite dans la première recherche venue ?

Donc, je me dis que je préfère être ici plutôt que là, parfois, de temps en temps.

Et, bien sûr, j’écris sur un blog visible, et je m’apprête à tweeter la sortie de ce nouveau billet. Je suis encore renvoyée à mes contradictions. Mais au moins je peux y réfléchir. Devant cette scénographie de l’être là et de l’être pas là, je contemple une image de moi et je réfléchis, je m’y réfléchis….

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